Virginie Mounkoro : lutter contre l'excision au Mali

 

Virginie Mounkoro

AEDH a engagé un partenariat depuis 2007 avec l’association malienne APSEF. Sa Présidente, Virginie Mounkoro, nous explique les actions que mène son organisation pour lutter contre l’excision, une pratique encore terriblement répandue au Mali.

Quels sont les objectifs poursuivis par votre association ?

Virginie Mounkoro : L’objectif de l’APSEF est de contribuer à la promotion des droits et du bien-être de la femme, de l’enfant et de la famille ainsi que d’oeuvrer à l’établissement d’une société plus juste. Les principales actions que nous menons actuellement sont un projet de lutte contre l’excision, un projet de promotion des droits des femmes handicapées et un projet pour protéger et défendre les droits des jeunes filles qui quittent leur milieu rural pour venir travailler en ville. L’APSEF est une association jeune mais avec une équipe expérimentée ce qui permet d’obtenir des résultats, notamment dans le domaine de la lutte contre l’excision.

Constatez-vous une évolution au Mali par rapport à la pratique de l’excision ?

VM : Le taux d’excision reste élevé : il est estimé à 84 % chez les filles de 0 à 14 ans. L’édiction du nouveau Code de la famille en 2009 n’a pas amélioré la situation des femmes. Cependant, on assiste à une évolution dans la lutte contre la pratique de l’excision, même si le Mali reste, hélas, l’un des pays qui n’a pas légiféré sur la question des MGF (N.B : Mutilations Génitales Féminines). Dix ans en arrière, le contexte était très hostile. Maintenant les populations sont plus enclines à aborder la question et de plus en plus de victimes de MGF acceptent de témoigner à visage découvert.

Quels résultats l’APSEF parvient-elle à obtenir dans sa lutte contre la pratique de l’excision ?

VM: Sur les 66 villages dans lesquels l’APSEF a travaillé depuis sa création, 29 ont renoncé à la pratique de l’excision. Un nouveau regard est porté sur le statut de la femme dans les villages couverts par nos actions. On constate un plus grand respect des droits fondamentaux des femmes et des enfants, notamment du droit à l’éducation, à la participation, à l’état civil, à l’accès à la santé... Au tout début, AEDH nous a soutenus pour développer des actions dans la commune de Koula. Au bout de trois ans, les mentalités vis-à-vis de la pratique de l’excision ayant évolué très positivement dans cette commune, nous avons commencé à travailler dans la commune de Siribala, située à peu près à 350 km de Bamako. Nous intervenons dans 10 villages grâce à l'appui d’AEDH.

Comment l’APSEF s’y prend-elle pour convaincre les populations de renoncer à l’excision ?

VM: Pour parvenir à éradiquer l’excision, notre stratégie repose essentiellement sur l’éducation au changement par la diffusion de l’information. Les communautés villageoises ignorent les conséquences des MGF. L’APSEF cherche à les amener à analyser les raisons de ces pratiques, à trouver eux-mêmes des solutions et à s’organiser autour de ces solutions. Nous avons opté stratégiquement pour mettre l’accent sur les droits reproductifs et sexuels car il est important d’aborder la question de l’excision sous l’angle de la santé mais il faut bien comprendre que l’excision affecte la sexualité, la reproduction mais aussi le droit à l’intégrité physique, à l’épanouissement… Lors de la première année de notre projet, nous avons défini les acteurs à cibler : essentiellement les responsables de la municipalité et des communautés villageoises, les exciseuses et les leaders religieux. Depuis, nous avons constaté qu’il restait d’autres cibles à atteindre. Les jeunes et les hommes étaient jusqu’ici faiblement touchés par les actions menées. Nous avons décidé de mettre en place une formation pour les travailleurs des usines de Siribala. Ces usines, qui emploient 5 000 à 6 000 personnes, ont été ciblées car, dans chaque famille de la commune, il y a au moins une personne qui y travaille. Si ces travailleurs sont sensibilisés, ils deviendront des relais importants pour l’éradication de l’excision dans les communautés. Nous ciblons également des artistes locaux. Ils seront encouragés à concevoir des poèmes et des chansons sur ce thème qui seront enregistrés et diffusés dans la région. Les artistes sont d’excellents relais de diffusion des messages auprès des populations, notamment des jeunes.

 

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