Bernadette NTUMBA : SOS Femmes en danger en RDC

 

Bernadette NTUMBABernadette Ntumba, coordinatrice de l’AMCAV, l’Association des Mamans Chrétiennes pour l’Assistance aux Vulnérables, sur le territoire d’Uvira en République Démocratique du Congo (Sud Kivu), nous a rendu visite à Lyon fin juin 2012. L’AMCAV a bénéficié en 2011 du programme d’appui aux initiatives locales de promotion de la démocratie, des droits de l’Homme et de l’Etat de droit en République Démocratique du Congo, mis en œuvre par un consortium d’ONG européennes, dont faisait partie Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, et animé par le COSI. Rencontre avec une femme courageuse.

Vous êtes aujourd’hui coordinatrice de l’AMCAV et point focal de la commission territoriale pour la lutte contre les violences sexuelles sur le territoire d’Uvira. Pourriez-vous nous préciser les raisons de votre engagement ?

En 1999, plusieurs femmes se sont regroupées afin de dénoncer le traitement réservé aux femmes âgées sans ressources, maltraitées, accusées de sorcellerie, voire même rejetées par leurs propres familles refusant de les prendre en charge. Nous nous sommes d’abord associées pour porter assistance à ces femmes en leur fournissant des denrées essentielles et des vêtements. Ensuite, nous avons collaboré avec l’administrateur du territoire d’Uvira afin de sensibiliser les familles. L’action s’est avérée positive et c’est ainsi que l’AMCAV est née. Par la suite, nos actions se sont concentrées sur l’accompagnement des femmes victimes de mauvais traitements. A l’origine, nous étions simplement animées par l’envie d’aider. Sans nous considérer comme militantes, nous avions pourtant réellement commencé à militer au sens propre d’un terme, que nous apprenons aujourd’hui à utiliser. Depuis, l’AMCAV et d’autres organisations de femmes luttent contre les violences sexuelles, un phénomène récurrent en RDC, et lancent au niveau local un cri d’alarme : « SOS femmes en danger ».

Comment l’AMCAV a-t-elle traduit son engagement en actes ?

Nous avons tout d’abord bénéficié d’un appui de la Coopération suisse au Burundi, où nous nous rendions clandestinement, pour être formées par une psychologue sur la façon d’engager le dialogue avec des femmes victimes. Par la suite, nous avons ouvert une maison d’accueil à Uvira. Depuis, je suis le point focal de la Commission territoriale pour la lutte contre les violences sexuelles, et nous avons appris à collaborer avec les services de l’Etat.

Votre engagement vous a-t-il exposé à des menaces particulières ?

Nous avons toutes subi des menaces. Certaines n’ont pas supporté mais la majorité d’entre nous a tenu et est allée de l’avant. Aujourd’hui encore, je reçois régulièrement des menaces par téléphone et mes proches sont victimes de représailles. En avril 2012, ma fille a été violée. Ce fut pour moi un véritable échec. Habituellement, c’est moi qui accompagne les victimes de violences sexuelles et leurs familles. Dans ce cas, on s’en est pris directement à la mienne. De plus, nous avions arrêté un suspect que nous avions remis entre les mains de la police mais qui s’est évadé quelques heures plus tard sans avoir signé sa déposition, ce qui a rendu notre plainte irrecevable. Cette impunité a représenté une nouvelle épreuve difficile et douloureuse que nous avons réussi à surmonter.

L’impunité généralisée des auteurs de viols représente un fléau pour la RDC. Comment l’AMCAV peut-elle favoriser l’accès à la justice pour les victimes ?

Nous avons mis en évidence une pratique étrange de la justice congolaise, qui n’informe les plaignants qu’en fin de procédure du caractère non valable des éléments constitutifs du dossier. Il était donc nécessaire que les assistants psychosociaux, les premiers en relation avec les victimes, soient plus compétents sur cette question. En partenariat avec le COSI, nous avons organisé, grâce à une collaboration avec le Procureur et un inspecteur de police, une formation de ces assistants à la constitution des dossiers judiciaires préliminaires par la récolte de preuves juridiques.

L’action de l’AMCAV a-t-elle obtenu les résultats escomptés ?

Le projet a eu un impact réel. Pour cette raison, les menaces se multiplient d’ailleurs ces derniers temps. Les jugements des douze derniers dossiers sur lesquels nous avons travaillé ont tous été prononcés en faveur des victimes. Si les questions d‘indemnisation doivent encore être réglées, le tort fait à ces personnes a été reconnu par la justice. Ces femmes en sont reconnaissantes à l’AMCAV qui reçoit de nombreux remerciements.

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