Brahim Ebety : détentions arbitraires de militants anti-esclavage en Mauritanie

Brahim Ebety

Brahim Ebety est un avocat mauritanien bien connu, et un ami de longue date de notre organisation. Il fait partie du collectif d’avocats qui assure la défense de Biram Dah Abeid, Brahim Ould Bilal et Djiby Sow, militants anti-esclavage, récemment condamnés à deux ans de prison. Biram et Brahim sont respectivement président et vice-président du mouvement mauritanien IRA (Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste). AEDH s’est mobilisé aux côtés de nombreuses organisations mauritaniennes et internationales pour protester contre leur incarcération abusive et a soutenu les détenus via son « Fonds d’urgence pour les défenseurs ». Maître Ebety nous dévoile les dessous de  cette affaire.

AEDH : Pouvez-vous nous rappeler dans quelles circonstances ces trois hommes ont été arrêtés et jugés ?

Brahim Ebety : Ils ont été arrêtés à la fin du parcours d’une caravane organisée par l’IRA et d’autres organisations pour dénoncer toutes les formes d’esclavage qui existent dans la vallée du fleuve Sénégal, et particulièrement dans le domaine foncier. Durant le parcours de la caravane, aucun désordre n’a été signalé et, partout, elle a été bien accueillie.

Arrivée à proximité de Rosso, la caravane, constituée de 60 personnes et de quelques véhicules, a été encerclée par la gendarmerie qui a embarqué par la force des membres de la caravane, y compris Biram. Une dizaine de personnes ont été déférées devant le Procureur de la République et poursuivies notamment pour rassemblement illicite, rébellion, résistance à la force publique, usage de la violence, voies de fait et infractions commises dans le cadre  d’une association non autorisée.
A l’issue d’une audience qui a duré 15 jours, le Tribunal de Rosso arelaxé tous les prévenus mais condamné Biram Dah Abeid, Brahim Ould Bilal et Djiby Sow à2 ans d’emprisonnement ferme pour rébellion et atteinte à l’autorité publique, alors qu’aucun élément matériel ou moral pouvant être assimilé à un usage de la violence par les prévenus n’a pu être rapporté. Il est permis d’en conclure qu’il s’agit d’une « condamnation à la commande ».

Ils ont été transférés à la prison d’Aleg, en catimini et en toute illégalité, dans la nuit du 15 au 16 janvier 2015, avant même le prononcé de la décision de condamnation. Au mois d’avril 2015, le Procureur général près la Cour suprême a demandé le dessaisissement du juge naturel - la Cour d’appel de Nouakchott saisie par l’appel de la  défense - au profit de la Cour d’appel d’Aleg récemment érigée, presque pour la circonstance.

Biram Dah Abeid, Brahim Ould Bilal et Djiby Sow ont demandé à leurs avocats de s’abstenir de tout acte devant Cour d’appel d’Aleg. Le20 août 2015, cette juridiction a confirmé le jugement de première instance en l’absence des prévenus et de leurs avocats. La défense a formulé un pourvoi en cassation le 2 septembre 2015. Les moyens de cassation ne manqueront pas : la procédure est émaillée de violations de la loi, tant dans la forme que dans le fond.

AEDH : Comment le collectif d’avocats qui a pris en charge la défense s’est-il mobilisé ?

B.E. : Comme toujours, et à l’image de la noble tradition de notre Barreau depuis qu’il existe, un collectif imposant s’est formé et a pris le dossier en charge, s’agissant de délits d’opinion et d’atteintes flagrantes aux libertés fondamentales. AEDH est amie de notre Barreau et n’a jamais failli au devoir de solidarité lors des péripéties qu’il a traversées : vous devinez la qualité et le niveau d’engagement dans la prise en charge de ce dossier !

AEDH : Dans quelle mesure ces détentions vous semblent-t-elles représentatives de la situation des droits de l’Homme en Mauritanie ?

B.E. : Il est regrettable de constater le double discours des autorités qui, d’une part, prônent l’action pour l’éradication de l’esclavage et, d’autre part, mobilisent leurs arsenal répressif pour persécuter, arrêter, détenir et condamner des militants anti-esclavagistes. Ce double discours me paraît particulièrement dangereux et il est permis d’y déceler des formes pernicieuses d’atteintes aux libertés fondamentales et aux droits de l’Homme.

AEDH : Pensez-vous que la mobilisation au niveau international en faveur de Biram, Brahim et Djiby puisse avoir un impact sur leur situation ?

B.E. : Je pense que toute mobilisation, tant nationale qu’internationale,pour dénoncer ce double discours est salutaire et aura sûrement un impact positif sur la situation des détenus. La cause qu’ils défendent doit être la cause de tous les Mauritaniens et des amis de la Mauritanie afin que l’action pour l’éradication de l’esclavage ne soit pas un slogan mais une action constante et suivie pour débarrasser la Mauritanie de ce fléaudévastateur.

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