Baudouin Kipaka Basilimu : Etre juge et défenseur des droits de l’Homme en République Démocratique du Congo

Baudouin Kipaka basilimuAEDH soutient depuis 2008 l’organisation de défense des droits de l’Homme Arche d’Alliance. Basée dans le Sud Kivu, Arche d’Alliance est un des partenaires d’AEDH pour la mise en œuvre du projet DECLIK (Développer et Conforter les Initiatives des défenseurs des droits de l’Homme dans les Kivu), réalisé avec le soutien de l'Union européenne. Son coordinateur, Baudouin Kipaka Basilimu, qui est à la fois juge et défenseur des droits humains, nous explique le sens de son engagement.

Vous êtes magistrat de profession : comment conciliez-vous engagement militant et fonction professionnelle ?

Je me suis engagé activement dans la défense des droits humains en tant que magistrat après avoir bénéficié, il y a plus de 17 ans, de plusieurs formations approfondies en droits de l’Homme, en Europe et en RDC, jusqu’à obtenir un Master en droits de l’Homme en 2010. Témoin des violations des droits humains graves et massives commises dans mon pays, j’ai décidé de m’impliquer dans la lutte contre l’impunité au sein de la magistrature en 1991, bien que celle-ci soit caractérisée par de nombreux dysfonctionnements et de mauvaises conditions de travail.

Je considère mon statut de « magistrat défenseur des droits humains » en conformité avec l’article 1er de la Déclaration des Nations-unies de 1998 qui reconnait à toute personne le droit de s’engager pour la défense des droits de l’Homme, y compris aux agents de l’Etat. De plus, la Constitution congolaise affirme que toute personne peut adhérer librement à une association, y compris les magistrats, et que le pouvoir judiciaire est garant du respect des droits et des libertés.
Au début, j’ai été mal perçu par mes collègues et ma hiérarchie qui prétendaient que le militantisme en faveur des droits de l’Homme était incompatible avec ma profession. Au fil de ma carrière, je me suis employé à sensibiliser mes collègues partout où j’ai été affecté. Aujourd’hui, la majorité des magistrats comprend qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre ces deux fonctions mais qu’il est, au contraire, de la mission de tout magistrat de défendre le respect des droits humains, au sein comme en dehors de son milieu professionnel.

Arche d'Alliance est partenaire d'AEDH dans le cadre du projet DECLIK. Quel est son rôle dans ce projet ?

L’association Arche d’Alliance est l’un des cinq partenaires d’AEDH dans la mise en œuvre du projet DECLIK. Son rôle est complémentaire de celui joué par les autres organisations impliquées dans le projet : PAIF, ASADHO, SOPROP et UCPDHO. Le projet vise à faire progresser la situation des droits humains dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, une région où le contexte socio-économique difficile et le conflit armé qui ravage l’Est de la RDC depuis plus de vingt ans sont à l’origine de violations massives des droits humains. Arche d’Alliance intervient particulièrement dans la lutte contre l’impunité et le plaidoyer dans les territoires de Fizi et d'Uvira, qui bordent le lac Tanganyika dans la province du Sud Kivu.

Le projet DECLIK s’achèvera en octobre 2015. Quel premier bilan en tirez-vous ?

Le bilan est positif : nous sommes en train d’atteindre les objectifs que nous nous étions fixés. Le projet DECLIK a permis aux animateurs d’Arche d’Alliance de mener des activités de documentation de cas de violations des droits humains, d’éducation aux droits, de sensibilisation communautaire, de plaidoyer, et d’apporter une aide légale à des personnes victimes d’actes de torture. Cette dernière activité, visant à lutter contre l’impunité des auteurs de violation des droits humains, est la plus difficile, les actions en justice étant souvent très longues à aboutir pour ce type de cas.

Vous serez en Europe fin juin dans le cadre d'une mission de plaidoyer. Qu'attendez-vous de ce déplacement ?

Je vais mener cette mission avec ma collègue Immaculée de l’association PAIF, au nom des associations engagées dans le projet DECLIK, et avec l’accompagnement d’AEDH. Dans le cadre du projet, un rapport a été produit sur les conditions carcérales à l’Est de la RDC. Nous allons le présenter à différentes institutions : Union européenne, Ministère français des Affaires Etrangères, Organisation Internationale de la Francophonie, etc. Nous attendons de nos interlocuteurs qu’ils usent de leur capacité d’influence pour pousser les autorités congolaises à respecter leurs engagements en faveur du respect des droits des détenus.

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