AEDH s'engage avec le Dr. Mukwege pour défendre les victimes de violences sexuelles et la dignité humaine

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Le 10 décembre 2018, le gynécologue-obstétricien congolais, Denis Mukwege, recevait à Oslo, en Norvège, le prix Nobel de la paix en même temps que Nadia Murad, ancienne otage yézidie de l'organisation Etat islamique. Ce prix Nobel consacrait leur engagement pour la dignité des femmes et pour la lutte contre les violences sexuelles en zone de conflit. Le discours poignant du Dr. Mukwege a bouleversé de nombreuses personnes. L'engagement et la personnalité du Dr. Mukwege ne peuvent laisser indifférent. Le message qu'il a relayé à Oslo et dans d'autres villes est un message d'action.

La cérémonie de remise du prix Nobel a été suivie par une intense tournée mondiale. C'est dans ce cadre qu'AEDH a eu l'immense honneur d'échanger avec le Dr. Mukwege puis de participer à la conférence sur « la problématique de la (re)construction de la paix en République Démocratique du Congo (RDC) face aux défis de l'impunité », organisée par la Chaire UNESCO « Mémoire, Cultures et Interculturalité » de l'Université Catholique de Lyon, le samedi 30 mars.

Le choix de traiter la question de la lutte contre l'impunité en lien avec les violences sexuelles en République Démocratique du Congo n'était pas anodin : le Dr. Mukwege soulignait ainsi les causes profondes du fléau des violences sexuelles, qu'elles soient économiques, institutionnelles, ou sociales : « Je fais partie d’un des pays les plus riches de la planète et pourtant le peuple de mon pays fait partie des plus pauvres du monde. » Le Dr Mukwege nous interpelle: « Nous aimons tous les belles voitures, les bijoux et les gadgets… J’ai moi-même un smartphone. Ces objets contiennent des minéraux que l’on trouve chez nous souvent extraits dans des conditions inhumaines par de jeunes enfants victimes d’intimidation et de violences sexuelles… Réfléchissez un instant au coût humain de la fabrication de ces objets. Fermer les yeux devant ce drame, c’est être complice ! »

Les violences sexuelles sont également une cause et un symptôme d'un tissu social détruit. Les victimes sont nombreuses, et les auteurs très rarement inquiétés, comme l'exprime en ces mots le Dr Mukwege: « il doit y avoir un transfert de honte de la victime vers l'auteur. »
Pourtant, il serait incorrect d'affirmer que rien n'est fait pour lutter contre les violences sexuelles en RDC. Dr. Mukwege est un activiste des droits de l'Homme mais il est avant tout gynécologue-obstréticien. L'hôpital-général de Panzi, situé au Sud Kivu qu'il a fondé dans les années 2000, s'est spécialisé dans l'accueil holistique des survivantes de violences sexuelles.  La prise en charge des victimes, fondée sur le modèle du « one stop center », constitue un exemple pour toute la région, voire pour d'autres pays. Cependant, une faiblesse réside dans le manque de poursuite des bourreaux. Or, il ne peut y avoir de réparation sans justice.

Le Dr. Mukwege a invité les organisations des droits de l'Homme à Lyon et la Chaire UNESCO à engager des actions de plaidoyer. Il citait par exemple le rapport du projet « Mapping » qui dresse une liste des violations des droits de l’homme en RDC de 1993 à 2003 : « Chacun de ces incidents suggère la possibilité que de graves violations des droits de l’Homme ou du droit international humanitaire aient été commises (...) Qu’attend le monde pour que ce rapport soit pris en compte ? »    AEDH s'engage à relayer ces messages. 

Sandra Sjögren

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