Interview de Philippe Morié, délégué général d'AEDH

ONU LT

AEDH : Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

PM : Porté par des valeurs humanistes et militantes, j’ai exercé un travail d’accompagnement auprès de diverses associations locales au service de la promotion des droits des populations vulnérables au cours des années 90, dans plusieurs pays africains (Bénin, Cameroun, Congo et Ghana), en tant que volontaire de soli-darité internationale.

A l’issue de cette expérience dense et forte qui a duré 5 ans, j’ai intégré le Secours Catholique où j’ai exercé plusieurs fonctions, dont celle de responsable du pôle
Afrique & Océan Indien pendant 13 ans. Depuis le 17 septembre dernier, je suis délégué général d’AEDH et je suis ravi de ce nouvel engagement militant auprès d’une équipe, compétente et impliquée, composée de salariés, de volontaires en service civique et de bénévoles en lien étroit avec le Conseil d’administration et son Bureau.
C’est un nouveau défi professionnellement passionnant et humainement enthousiasmant !

AEDH : 2018 a été l'année de commémoration des 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, comment voyez-vous la situation des droits de l'Homme dans le monde ?

PM : Plus qu'une crise multidimensionnelle, le monde vit une mutation majeure sur le plan environnemental, technologique, social, économique et politique qui va le modifier de façon durable. L'accélération du rythme des changements aggrave les situations d’inégalité et d’injustice.

L’augmentation des violations des droits humains partout dans le monde est très préoccupante. Tous les jours, les droits humains sont bafoués sous des formes diverses à travers la planète (lois répressives, procès non équitables, détentions arbitraires, tortures, restrictions des libertés d’expression...). L’espace civique et démocratique se rétrécit et l’accès aux droits fondamentaux n’est plus garanti notamment aux personnes les plus démunies.
Les discriminations à l’encontre des minorités ethniques, religieuses et sexuelles ainsi que les violences faites aux femmes et aux filles s’accroissent.

Les défenseurs des droits humains et des libertés publiques sont de plus en plus menacés et exposés : actes d’intimidations, campagnes de dénigrements, poursuites judiciaires, arrestations...

Cependant face à ces nombreuses et récurrentes violations des droits humains, nous constatons une montée en puissance d’initiatives des sociétés civiles qui se traduit par des mobilisations citoyennes venant notamment de la jeunesse. C’est un espoir pour l’avenir des droits humains dans le monde.

AEDH : Comment percevez-vous l’évolution de l’environnement des organisations de défense des droits de l’Homme ?

PM : Au cours des dernières décennies, l’évolution est contrastée. D’un côté, l’environnement des ODDH (Organisation de défense des droits humains) a connu des progrès significatifs notamment par le renforcement des capacités techniques et organisationnelles, l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la
communication, l’amélioration des mécanismes de défense et de protection ainsi que le développement des collaborations et des synergies entre défenseurs des droits humains. De l’autre côté, dans beaucoup de pays, on constate de plus en plus d’atteintes à la possibilité de s’organiser qui se traduisent par une surveillance accrue des défenseurs, des menaces sur la possibilité même de se constituer en association, des conditions contraignantes et excessives des activités et également des accès aux financements obstrués.

AEDH: Face à ce contexte, quels sont les enjeux pour une organisation comme AEDH ?

PM : Dans cet environnement international instable et complexe, AEDH réaffirme sa mission de défense et de promotion des droits humains et des libertés publiques pour un monde où la dignité de l’être humain, valeur centrale, sera reconnue et son intégrité respectée.

La protection, le renforcement et l’accompagnement, dans la durée, des ODDH qui agissent « en première ligne » au contact des réalités sur le terrain sont essentiels pourAEDH.

A travers ces partenariats locaux, nous faisons progresser les droits humains, le développement durable, la conscience citoyenne, la démocratie et l’État de droit.

Nous participons également à des réseaux pour mener des actions collectives, notamment de plaidoyer, avec d’autres acteurs des droits humains.

Par exemple, AEDH est membre cofondateur de la Plateforme française des ONG de droits de l’Homme agissant à l’international, qui a été créée officiellement le 26 septembre 2017 et qui dispose d’un statut juridique depuis le 6 juillet 2018. AEDH est responsable du secrétariat général de la Plateforme.

Par ces différents engagements, AEDH reste fidèle à ses fondateurs, à leur intuition initiale et à son histoire.

 

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