Le jugement de Hissène Habré, c'est MAINTENANT !

Jugement Hissène Habré

Le 8 février 2013, les Chambres Africaines Extraordinaires, créées tout exprès pour juger Hissène Habré, ont été inaugurées au Palais de Justice de Dakar. Le 26 octobre 2000, à Dakar, nous avions accompagné 17 victimes de Habré venues déposer plainte contre leur tortionnaire.

Près de treize années de lutte aboutissent enfin au jugement de Hissène Habré, le dictateur tortionnaire et assassin qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990.

Militairement vaincu par Idriss Déby, l'actuel Chef de l'Etat tchadien, Habré s'est réfugié à Dakar en décembre 1990, avec toutes les liquidités qu'il a pu rafler. Depuis, il réside dans la capitale sénégalaise où il mène, avec ses épouses et ses richesses, la vie d'un investisseur aisé et d'un musulman pieux.

2000-2013, le chemin fut long et sinueux. Les obstacles juridiques, et surtout politiques, se sont multipliés, et, avouons-le, nous avons parfois craint l’échec. Toutes les avancées juridiques que nous obtenions se trouvaient successivement neutralisées par l'absence de volonté politique, voire par la volonté du président sénégalais, Abdoulaye Wade, de ne pas juger son protégé, soutenu, il est vrai, par une puissante confrérie musulmane. C’est ainsi que Wade refusa toujours à la fois de juger et d'extrader Habré. Par trois fois en effet la Belgique a demandé l'extradition de Habré après avoir accepté la plainte déposée par trois victimes tchadiennes ayant acquis la nationalité belge et effectué une longue enquête, plus de trois années au cours desquelles le juge belge s'était rendu au Tchad.

La condamnation du Sénégal par la Cour Internationale de Justice, suite à la plainte de la Belgique, et surtout l'échec électoral de Wade permirent enfin de sortir du labyrinthe dans lequel on voulait nous perdre. L'Union Africaine ordonna au Sénégal de juger ou d'extrader Habré « au nom de l'Afrique ». Les Chambres Africaines Extraordinaires sont le fruit d'un accord entre l'Union Africaine et le Sénégal présidé maintenant par Macky Sall. Il s'agit d'un « tribunal internationalisé » fonctionnant au sein des juridictions sénégalaises, une procédure spéciale, destinée à poursuivre uniquement les « crimes internationaux commis au Tchad entre le 7 juin 1982 et le 1er décembre 1990 ». Les statuts de ces Chambres garantissent une application stricte des principes fondamentaux en matière de procès équitable : présomption d'innocence, droit d'interroger les témoins à charge, de citer des témoins à décharge, droit pour le condamné de faire appel.... Les victimes, quant à elles, peuvent se porter partie civile tout au long de la procédure et un fonds d'indemnisation est créé à leur profit. Les statuts des Chambres Africaines Extraordinaires exposent que « les résultats des enquêtes menées par les autorités judiciaires d'autres Etats pourront être utilisées » et qu'elles pourront « valider tout élément de preuve établi par les autorités compétentes des Etats requis ».  Ainsi le Procureur Général pourra utiliser non seulement le rapport de la Commission d'Enquête mais aussi le dossier belge. Enfin le procureur disposera du mémorandum (72 pages et 252 annexes) que nous lui avons remis.

Tout est donc maintenant prêt pour un procès modèle, qui sera inévitablement long. Le procureur devrait présenter son réquisitoire introductif à la fin du mois de mars. Habré sera probablement inculpé de génocide, crimes contre l'humanité, actes de torture et graves violations du droit international humanitaire.

Suivra l’instruction : environ 15 mois. C'est donc au deuxième semestre de l'an prochain que le verdict devrait être prononcé. La condamnation deviendra définitive au début de 2015, après le procès en appel que Habré ne manquera pas de former. Nous nous réjouissons de voir enfin s'achever ce que l'archevêque Desmond Tutu a appelé « l’interminable feuilleton politico-judiciaire ».

« Le Pinochet Africain » va répondre de ses crimes, trente ans après les avoir commis. La détermination des victimes et des organisations qui les soutiennent ont eu raison de tous les obstacles dressés devant elles. Cette heureuse conclusion témoigne à nouveau qu'il est de plus en plus difficile pour les coupables de crimes internationaux, fussent-ils Chefs d'Etat, d'échapper au châtiment.

Milosevic n'a évité la condamnation que par sa mort, Taylor, ex-Président du Libéria, a été jugé et condamné par la Cour Pénale Internationale, les criminels de Sierra Leone et du Cambodge ont été condamnés par des tribunaux internationaux, Ríos Montt est actuellement jugé au Guatemala, Duvalier va l'être en Haïti, et Habré au Sénégal sera le premier Chef d'Etat africain jugé sur le sol africain.  


André Barthélemy  

Le Comité International pour le jugement équitable de Hissène Habré regroupe l'Association des Victimes, la Ligue tchadienne de droits de l'Homme et l'ATPDH (Tchad), la RADDHO et l'ONDH (Sénégal), Human Rights Watch (Etats-Unis) la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme et Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme.

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