Les efforts de la société civile pour la protection des défenseurs des droits humains font tâche d'huile

Justin (2)

En proie aux conflits depuis plus de 25 ans, le Sud Kivu est le théâtre de nombreuses violations des droits humains. Les militants associatifs, avocats, syndicalistes et journalistes, sont parmi les premiers touchés. La société civile travaille depuis de nombreuses années en direction des pouvoirs publics afin qu’ils développent des dispositifs légaux visant à améliorer la protection des défenseurs des droits humains. Cette initiative connaît un certain succès qui se propage aujourd’hui bien au-delà des frontières de la province. Justin Bahirwe Mutabunga, coordinateur de SOS IJM absl (partenaire d’AEDH) en est l’un des moteurs.

Le 10 février 2016, un Édit provincial portant protection aux Défenseurs des Droits de l’Homme (DDH) et aux journalistes était promulgué. Il est le fruit d’un travail de longue haleine des organisations non gouvernementales sud-kivutiennes. La société civile est parvenue à impliquer tous les acteurs clés : les ONG internationales, les Nations unies, l’Union Africaine ainsi qu’un groupe restreint de députés provinciaux sensibles à la cause des droits humains. Il s’agissait de convaincre ces derniers que malgré 2 décennies de guerre marquées par les assassinats de nombreux DDH et de journalistes, le Sud Kivu était en mesure d’inverser la tendance. Plus encore, c’était peut-être à partir de cette région meurtrie que la question de la protection des défenseurs allait devenir un sujet d’intérêt national. 

Les retours se sont avérés positifs. Les organisations à l’origine de cette initiative avaient un argument auquel les députés étaient particulièrement réceptifs : à l’avenir, qui prendrait la défense des politiciens menacés en cas de divergence d’opinion avec le pouvoir central si plus aucun DDH n’était en mesure de militer pour la défense des droits civils et politiques ? Rapidement, les progrès réalisés localement intéressent. La société civile de la province voisine du Nord Kivu rencontre, en septembre 2016, ses homologues du Sud Kivu dans l’espoir de dupliquer le dispositif légal.  

Parallèlement, des représentants de la Commission Nationale des Droits de l’Homme viennent s’inspirer du modèle d’Édit du Sud Kivu afin de booster  la  démarche  pour  faire  voter  une  loi  visant  à  protéger  les défenseurs des droits humains dans toute la République Démocratique du Congo. À l’heure de la rédaction cet article, l’Édit a été adopté par la Conférence des présidents de l’Assemblée provinciale du Nord Kivu et attend le débat en plénière. Au niveau national, la loi a été adoptée à l’unanimité par le Sénat le 15 mai dernier et transmise à l‘Assemblée Nationale pour seconde lecture.  

Forts de ces succès, certains représentants d’organisations du Sud Kivu sont désormais invités à partager leurs expériences à l’échelle continentale. En octobre 2016, SOS IJM a participé à la 59ème Session de la Commission Africaine des droits de l’Homme et des Peuple à Banjul tandis qu’en mars 2017, elle était invitée à un colloque sur la situation des DDH organisé à Cotonou où elle a pu partager la stratégie développée au Sud Kivu avec les représentants d’autres pays africains ne disposant pas encore de loi similaire. En avril 2017, la même expérience a été partagée au Séminaire d’Abidjan qui a traité de l’état des lieux des lois portant protection aux DDH en Afrique aux côtés de rapporteurs spéciaux des Nations unies et de l’Union Africaine sur la situation de ces derniers. 

Nous nous félicitons qu’en 2016 les arrestations et les assassinats de DDH et de journalistes aient été moins nombreux au Sud Kivu que par le passé et que notre travail soit mieux compris par les autorités provinciales qui s’avèrent de plus en plus disposées à le défendre.

 Justin Bahirwe Mutabunga

 

 

 

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