RDC : notre Fonds d'urgence quotidiennement sollicité

Fonds d'UrgenceA première vue et vu de loin, c'est une guerre absurde et incompréhensible, une guerre « de faible intensité », qui a repris à la veille de l'été dans l'Est de la République Démocratique du Congo. Une « petite intensité » qui jette sur les pistes de pauvres paysans fuyant les violences aveugles, les meurtres d'adultes et d'enfants, les recrutements forcés de jeunes garçons, les viols de femmes et de fillettes. Une guerre dont les victimes ignorent souvent qui les agresse. Elles nous disent « des hommes armés » faute de pouvoir déterminer à quel groupe de guérilla appartiennent ces soldats de fortune qui n'ont pour tout bien et toute fierté que leur arme.


Dans cet imbroglio de violence, innombrables sont les victimes et nombreux les acteurs : chaque semaine apparaissent sur les écrans de nos ordinateurs de nouveaux noms de milices que nous peinons à placer sur notre échiquier. Pourtant, un acteur sait bien, lui, ce qu'il veut. Le Mouvement du 23 mars (M 23), équipé, armé, commandité par le Rwanda, veut la sécession de la région des Kivu (Nord et Sud). Devenue indépendante ou dotée d'une large autonomie, cette partie du pays deviendrait un protectorat du Rwanda qui pourrait exploiter plus commodément et durablement ses énormes richesses minières tout en y installant une partie de sa population. 


Depuis le rapport d'experts de l'ONU (juin 2012), personne ne peut plus douter de la responsabilité majeure du Rwanda, de son général-président Kagamé et de ses acolytes.   

Face à cela, l'armée nationale, 130 000 hommes pourtant, ne fait pas le poids. Plutôt que de donner à ses soldats un équipement correct, des armes adéquates et une solde régulièrement versée, Kabila préfère lancer une campagne de recrutement ! Certains parlent de complicité. En tout cas : incompétence. Pendant ce temps, le M 23 avance, pille, incendie des villages, massacre. Déjà, il a mis en place une administration complète sur une partie du Nord Kivu : le territoire de Rutshuru.  

Dans cette situation, les défenseurs des droits de l'Homme sont, « à juste titre » les plus visés. Non seulement ils s'opposent aux violations des droits et dénoncent les crimes mais, en plus, ils ont le culot d'être patriotes ! Ils refusent la perspective de la partition de leur pays et le passage programmé de leur région sous souveraineté du Rwanda, le voisin haï. 

Dès lors, il n'est pas surprenant que notre Fonds d'urgence pour les défenseurs en danger soit sollicité plus que jamais par les défenseurs congolais. Ce sont 25 défenseurs que nous avons secourus cet été. Citons Monsieur A.C. arrêté et torturé alors qu'il intervenait en faveur de deux jeunes filles violées ; Madame E.P. dont des éléments de l'armée nationale ont incendié le domicile ; Madame S.Z. qui a pris la fuite après que deux de ses collègues aient été assassinés par des soldats du M 23 ; Monsieur B.A. si gravement torturé que le pronostic vital était engagé... 

Avec l'aide de la MONUSCO (Mission de l'ONU) et celle de l'organisation « Protection International » qui nous apportent un soutien précieux pour l'indispensable et difficile vérification des faits, et celle, non moins précieuse de la fondation Un Monde par Tous, du Secours Populaire Français, de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme (initiative conjointe de la FIDH et de l'OMCT), de l'Organisation Mondiale Contre la Torture (Genève) et de l'Union Européenne (IEDDH) qui nous ont apporté leur soutien financier, nous avons pu aider ces courageux militants en détresse à se soigner, à trouver refuge dans une autre région ou dans le pays voisin, à y vivre, eux et leur famille. 

Que ces partenaires soient ici remerciés, en notre nom et en celui des victimes de la barbarie. 

À tous nos lecteurs, nous lançons un appel : que votre solidarité et votre générosité nous permettent d'agir à la hauteur.

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