RDC : l'Etat doit protéger les peuples Pygmées

 201703 projet appel ocean

AEDH met en œuvre le projet APPEL* (Accompagner l’accès aux droits des Peuples Pygmées et Encourager une réforme de la Loi foncière) conjointement avec deux organisations congolaises, OCEAN et OSAPY. Ce projet vise à défendre et promouvoir les droits des populations Pygmées en République Démocratique du Congo. D’une durée de trois ans, l’action entre dans sa dernière année de mise en œuvre ; l’occasion de se pencher sur la situation de ces peuples autochtones des forêts congolaises dont les droits sont régulièrement bafoués.

Depuis plus de vingt ans, les conflits ayant cours en RDC alimentent régulièrement les colonnes des journaux internationaux. En partie liés à des rivalités communautaires, ils continuent de ravager une grande partie de l’Est du pays (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri). Une communauté continue toutefois d’être particulièrement ostracisée dans tout le pays, sans pour autant faire la une des médias : la communauté Pygmée. Populations autochtones d’Afrique centrale, les Pygmées ont un mode de vie ancien reposant sur l’exploitation des ressources que leur offre leur habitat, la luxuriante forêt équatoriale. Ils se déplacent au rythme des saisons et se nourrissent principalement de miel, de champignons et de petit gibier. Ils ont en cela un mode de vie de chasseurs-cueilleurs et une organisation sociale très différente du reste de la population Bantoue, population non-pygmées aujourd’hui largement majoritaire en Afrique centrale.

Si ce mode de vie ancestral s’est perpétué durant des siècles, il est aujourd’hui profondément remis en question, la forêt congolaise attisant de nombreuses convoitises. Elle regorge en effet de bois et de minerais précieux. L’exploitation forestière et la pression démographique entraînent une déforestation massive. Les populations autochtones pygmées en sont les premières victimes, se retrouvant souvent dépossédées de leurs terres et forcées à abandonner leur mode de vie pour se rapprocher des villages. Leur représentation du monde, largement détachée des notions matérielles et productivistes, les rend particulièrement vulnérables aux appétits des exploitants artisanaux et industriels. Déracinées et coupées de l’accès à leurs ressources élémentaires, elles vivent souvent dans un grand dénuement et sont victimes de graves discriminations et d’abus de leurs droits fondamentaux.

Afin de permettre une meilleure revendication de leurs droits, les organisations partenaires du projet APPEL se sont attelées à mettre en place un dispositif de documentation et d’alerte des violations des droits humains dont les Pygmées sont victimes dans trois provinces de la RDC (Province Equatoriale, Mai-Ndombe et Ituri). Reposant sur des organisations communautaires travaillant au plus près de ces populations, ce dispositif compte 90 para-juristes formés dans le cadre du projet. Ils consignent les faits et portent les revendications des Pygmées auprès des autorités locales compétentes à chaque fois que cela est possible. Un an après sa pleine mise en fonction, le constat est alarmant. 135 violations des droits humains ont déjà été constatées, parmi lesquelles les cas de viols, d’arrestations arbitraires et les accaparements de terre sont les plus nombreux.

Il est dès lors primordial pour l’Etat congolais de se saisir pleinement de la question, d’autant que cette situation de tension latente a donné lieu à un conflit ouvert dans une province du pays. Depuis 2013, Bantous et Pygmées s’affrontent au Tanganyika (Sud-Est de la RDC) sur fond de différends liés à l’accès à la terre et au partage des richesses naturelles. Ce conflit a déjà fait plus de 150 morts, le double de blessés et des milliers de déplacés selon Human Rights Watch.  

Faouzi Boujnaih

* Le projet APPEL bénéficie du soutien de l'Union européenne.

 

 

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