Willy LOYOMBO ESIMOLA : défendre les droits des peuples des forêts en RDC

 

Willy Loyombo Esimola

Willy Loyombo Esimola, Directeur de l’association OSAPY (Organisation d’Accompagnement et d’Appui aux Pygmées) en République Démocratique du Congo nous a rendu visite à Lyon. AEDH a soutenu à plusieurs reprises depuis 2005 l’action d’OSAPY. Notre partenaire a également bénéficié du programme d’appui aux initiatives locales de promotion de la démocratie, des droits de l’Homme et de l’Etat de Droit en RDC, mis en œuvre par un consortium d’ONG européennes dont faisait partie AEDH.

Vous êtes le co-fondateur de l’association OSAPY. Dans quel contexte l’organisation a-t-elle été créée ?

Willy Loyombo Esimola : OSAPY s'est constituée en 1998 à Opala en Province orientale, lors de la deuxième guerre du Congo, en réaction aux graves violations des droits de l’Homme commises par les belligérants, notamment à l’encontre de la communauté pygmée. En 2002, l’association a établi son siège à Kisangani et élargi son périmètre d’activité en réalisant une enquête sur des cas d’anthropophagie de Pygmées perpétrés en Ituri par les troupes de Jean-Pierre Bemba (NDLR : poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour des faits commis sur le territoire de la République centrafricaine entre 2002 et 2003). Nous intervenons désormais dans les Provinces Orientale, Equateur et Bandundu.

Créer une association de défense des droits des Pygmées, dans une région où ces populations sont victimes de profondes discriminations représentait un véritable défi. A quelles difficultés avez-vous été confronté ?

WLE : En remettant en cause un système social basé sur l’exploitation des Pygmées dans des situations de quasi esclavage, nous avons très rapidement rencontré une résistance de la part de ceux qui profitaient de cette situation et notamment des autorités locales pour lesquelles les Pygmées sont une main d'œuvre bon marché qu'il ne faut pas du tout affranchir.  

C’est donc dans ce contexte que vous avez sollicité en 2005 l’appui d’AEDH pour votre projet de « Protocole d’Opala ».

WLE : Ce projet visait à permettre aux Pygmées de la région d’Opala d’accéder à la propriété foncière et de scolariser les enfants. L’appui d’AEDH a été déterminant pour enclencher ce processus de cohabitation pacifique entre les Pygmées et les Bantous.  

Comment avez-vous abouti à la signature d’un protocole de cohabitation pacifique ?

WLE : Les Pygmées sont considérés comme « peuple autochtone » selon la définition des Nations Unies. Très attachés à leur territoire traditionnel, à la forêt et à ses ressources naturelles, parlant leurs propres langues, ils s’identifient comme un peuple distinct. L’enjeu était de leur permettre de s'ouvrir et de ne plus vivre en autarcie tout en préservant leur identité et leurs droits coutumiers. Au début, chaque groupe a dû mettre de côté son mépris réciproque pour arriver à un accord. Les Bantous ont finalement compris que leur comportement envers les Pygmées avait été abusif et ont accepté de vivre en harmonie avec eux.

Depuis 2005 et le « Protocole Opala » quelle est la situation des Pygmées en RDC ?

WLE : De véritables progrès ont été accomplis. Les enfants pygmées sont intégrés dans les écoles. Les femmes pygmées sont acceptées dans les maternités. Des associations ont été créées par des femmes pygmées. Cela était impossible il y a 8 ans. Aujourd’hui, OSAPY travaille pour la préservation de l’environnement car la forêt est l’habitat naturel des Pygmées. Nous incitons à la protection de ces espaces naturels en empêchant la destruction des sites par les compagnies qui exploitent le bois et les minerais. Nous menons des actions de plaidoyer avec d’autres associations congolaises pour que des réformes soient instaurées en matière d’extraction des ressources naturelles et que des politiques positives soient adoptées en leur faveur. Nous encourageons les compagnies à respecter les clauses sociales de leur cahier des charges, pour que ces communautés pygmées puissent bénéficier de retombées économiques des exploitations effectuées sur leurs territoires.

Comment OSAPY a-t-elle évolué de la défense du droit des Pygmées vers la défense de l’environnement ?

WLE : Déplorant l’exploitation massive des ressources naturelles par des compagnies étrangères, notre action émane directement des Pygmées. Le mandat d’OSAPY s’est élargi et l’organisation travaille désormais sur les droits des peuples des forêts, des ressources naturelles, de la Réduction des Emissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts (REDD) et la responsabilité sociale des entreprises exploitantes. Elle accompagne les communautés dans leurs négociations avec ces sociétés dans le respect des Codes forestiers et miniers, et mène un plaidoyer international avec les organisations européennes telles que FERN, Rainforest, CITD, Global Witness, Well Grounede et EFI (European Forest Institute) pour le suivi des politiques et réglementations de l'Union européenne sur les forêts.

 

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