Mali : le combat de l'APSEF contre la pratique de l'excision

 

2016 10 Nana Thiam

L'APSEF – Association pour la Promotion des Droits et pour le Bien-être de l’Enfant et de la Famille – a pour objectif de promouvoir et défendre les droits des femmes et des enfants au Mali, notamment en luttant contre les mutilations génitales féminines, le mariage précoce et les usages traditionnels préjudiciables aux femmes. Nana Thiam, représentante de l'APSEF, nous parle de cette association et des actions menées au Mali.


AEDH : Quelle est la situation des droits des femmes au Mali ?

Nana Thiam : Le Mali est une société basée sur les croyances religieuses et traditionnelles, avec beaucoup de stéréotypes et de préjugés envers la femme. L’image d’une vraie femme chez nous c’est une femme soumise, au foyer et dévouée à ses enfants. Les femmes participent peu aux instances de prise de décision, même les décisions les concernant. Dans certaines localités, pour qu’une femme aille se faire soigner ou vende ou achète ses propres biens, il lui faut l’autorisation de son mari.

Les femmes sont soumises à des pratiques dégradantes, telles que la pratique de l’excision, le mariage précoce (selon l’enquête EDSM-V de 2006, 66% des femmes ont été mariées entre 1 2 et 1 5 ans) et les violences conjugales.

La pratique de l’excision au Mali concerne 85% des femmes, et plusieurs raisons justifient cette pratique. Pour certains, une femme non excisée est une femme insatiable, qui ne peut pas contrôler sa sexualité. Il y a aussi des raisons culturelles : le clitoris est par exemple considéré comme un organe maléfique qui porte malheur. L’excision est également vue comme un moyen de purification, car il y a un amalgame entre la tradition et la religion : pour  beaucoup de religieux, l’excision est une obligation à l’islam. Autrefois, l’excision se pratiquait sur les filles à l’âge de 1 5 ans. C’était un moyen de transmission de connaissances et de pouvoirs afin qu’elles deviennent de meilleures futures épouses. Mais maintenant l’âge a changé et l’excision est  pratiquée sur les petites filles de  moins d’un an.

AEDH : Comment a été créée l'APSEF ?

N.T. : L’APSEF a été créée sur la base du vécu. Même avant la création de l’APSEF, nous menions déjà des activités de sensibilisation  et d’accompagnement des filles dans les quartiers. Certaines parmi nous hébergeaient des filles qui venaient de villages pour continuer leurs études dans les grandes villes. C’est à partir de toutes ces réalités et difficultés que nous avons décidé de nous mettre en association, afin d’apporter un changement dans les mentalités et une amélioration dans la vie des générations futures.

AEDH : Quelles sont les missions principales de l'APSEF ?

N.T. : Notre mission principale est de contribuer à bâtir une société juste et équitable au sein de laquelle tous les individus jouissent de leurs droits. Nous oeuvrons en particulier pour la promotion des droits à la santé, à l’éducation et au bien-être, et pour l’amélioration des conditions de vie des couches vulnérables, afin que les femmes et les petites filles soient actrices de leur propre développement.

AEDH : Quels sont les résultats concrets directement liés aux actions de l'APSEF ?

N.T. : Dans nos zones d’intervention, nous avons pu constater plusieurs résultats :
- La libération de la parole autour de la question de l’excision et de la sexualité, sujets autrefois tabous ;
- La mise en place de comités villageois avec des chefs de villages et la signature d’une convention de déclaration d’abandon des pratiques de l’excision dans 45 villages ;
- La réduction du taux de mariage précoce ;
- L’augmentation du taux de scolarisation des filles.

AEDH : De quelle nature a été le soutien apporté par AEDH et que vous a-t-il permis d'accomplir ?

AEDH nous apporte un appui technique et financier depuis plus de 10 ans et nous aide dans la réalisation de nos activités et objectifs. Avec AEDH, nous travaillons actuellement dans 10 villages dans la région de Ségou avec un projet de promotion et protection de la femme et de l’enfant. Parmi ces 10 villages, 5 ont déjà signé une convention de déclaration d’abandon de la pratique de l’excision et des autres pratiques préjudiciables aux femmes.

 

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